La Page de Monsieur Rusigby

Y a pas que des conneries sur Facebook, il y a aussi du rugby, du rugby et tout ce qui va autour, tout ce qui enjolive notre sport favori.

Parmi ce « tout », il ya la page de Monsieur Rusigby créée et animée par Didier CAVAROT, ancien joueur et supporter de l’Union Sportive Issoirienne, auteur de livres sur le rugby.

         La Page Facebook de Monsieur  Rusigby

Didier Cavarot

Et quand il parle de Quillan, c’est encore mieux, même si le sujet est Le Tour de France, quand on parle de notre village, le rugby n’est jamais bien loin.

 

Rusigby

 

Monsieur Rusigby fait du vélo : étape 14 : Carcassonne-Quillan.

Etape accidentée qu’ils ont dit dans le poste. Quand on voit le nombre de coureurs qui se sont retrouvés dans le décor et sur le bitume sur des étapes pas accidentées, de savoir qu’aujourd’hui l’accident est prévu sur le programme, ça doit pas les faire rêver.

Arrivée à Quillan donc. Rigolez pas, niveau rugby Quillan a été plus de fois champion de France que Brive-Montpellier-Dax-Bourgoin et La Rochelle réunis. Champion de France en 1929.
Une époque où le rugby était loin d’être professionnel, mais on s’arrangeait entre nous.

Autre temps autres méthodes.

Depuis, le club s’est marié avec d’autres pour continuer d’exister et j’imagine que ce doit être un club sympa. D’abord parce qu’ils sont presque les seuls à poster sur leur site officiel des textes de Monsieur Rusigby pour essayer d’attirer la marmaille locale dans leur école de rugby. Je sais pas si ça marche, mais ça me fait plaisir…

Et puis, ils doivent bien avoir quelques chose en plus vu qu’ils ont réussi à convaincre un grand bonhomme du rugby mauvais noirs d’entrainer chez eux. Un mec qui a su en pas beaucoup de saisons, faire l’unanimité totale et méritée chez les issoiriens. Je vais d’ailleurs profité de ce petit moment d’intimité pour féliciter Malik et Mag pour la naissance de leur deuxième fille

 

 

Ci-dessous, les chroniques de Monsieur Rusigby

 

Petite histoire de bus….(Souvenirs)

 

 

Une victoire à l’extérieur, ça se fête ! Allez zou, tout le monde au fond du car. D’autant que notre équipe réserve avait gagné aussi. Les bières se descendaient à grande vitesse, quelques chansons fusaient d’ici ou là, on se refaisait le match, on en rajoutait, on était heureux.   Stère, (qu’on appelait Stère parce qu’il faisait un mètre cube et pas pour stéroïde…), d’habitude enclin à ce genre de fiesta restait silencieux et à sa place en milieu de bus. Le nez collé à la vitre, il se rongeait les ongles. Il paraissait tracassé. Quelque chose n’allait pas. Pourtant, non seulement on avait gagné, mais on les avait surtout passé sous les roues aussi bien en mêlées fermées que sur toutes les phases de combat. Bien que plus lourd que nous, ceux d’en face n’avaient pas fait le poids.. Une belle victoire, et pourtant Stère faisait la gueule et semblait réfléchir à des choses qui nous échappaient.

– Ho Stère ! Avec nous au fond du car !! Fais-nous la boiteuse !!

– La boiteuse ! La boiteuse !

On l’avait entendue mille fois, on voulait la réentendre encore. Seul Stère la connaissait sur le bout des doigts. Il débutait son tour de chant comme les All Blacks débutaient leur Haka : Jambe fléchie, bras tendu et : «  Chiiiiiiiii… » Nous répondions en chœur : « Rhaaaaaa » et c’était parti pour la boiteuse. Un chef d’œuvre.

Mais pas ce soir-là. Stère faisait le sourd. Quand nous avions insisté, on avait juste eu le droit à un « vous faites chier avec vos conneries. », qui ne demandait pas de réponse..

– Qu’est-ce qu’il y a qui va pas mon petit Stère ? T’es blessé ?

– Non ça va, je réfléchis.

– Aïe ! Un pilier qui réfléchit, ça craint.

– Pfff… Tu l’as vu l’autre en face. Leur pilier gauche. Franchement, il ressemblait à rien, je l’ai fait couiner tout l’après-midi. Une vraie pompe. Et pourtant t’as vu ses oreilles ?

– Non, j’ai pas fait gaffe à ses oreilles, qu’est-ce qu’elles avaient ?

– Il t’avait une paire de choux terrible. Le mec, il est bon à nib, il tient rien du tout, il se fait tordre dans tous les sens, et il a une paire de choux à faire lever les foules. C’est dégueulasse, y  a pas de justice. C’est à ça que je réfléchis tu vois. Comment qu’on fait pour avoir des choux fleurs ? J’aimerais trop en avoir, ça fait classe, tu trouves pas ?

– Je sais pas, j’ai jamais réfléchi à la question.

– Faut que je trouve un moyen pour en avoir les mêmes. J’ai beau les frotter, faire du oreille contre oreille à l’entraino ou en match, ça marche jamais.

– Ça va venir, t’inquiètes.

– Ouais ben j’aimerais bien que ça vienne maintenant. Cette année, je sens que je vais me coltiner que des gros avec des choux et moi, j’aurai toujours rien. Je suis pas sûr d’être crédible.

Compliqué parfois la métaphysique chez les piliers…

Illustration, encore et toujours Cédric Fernandez, pour l’album BD Monsieur Rusigby : « Chroniques en terrain connu » en précommande aux éditions Petit à Petit.

 

Un jour, plein de bénévoles

 

Ceux qu’on voit jamais, ceux qu’on remarque pas, ceux qui font pas de bruit..
Tu les vois là, assis sur un banc comme cinq petits vieux qui se regrouperaient pour voir passer la jeunesse, se rappeler la leur et forcément critiquer ces putains de gamins qui savent plus se tenir. Tu les imagines un peu aigris, un peu moqueurs et beaucoup nostalgiques. Avec une photo, on peut tout s’imaginer, on peut penser que, on peut en conclure ce qu’on veut.
Ceux-là, c’est ceux qu’on voit pas trop, ceux qu’on sait pas trop pourquoi ils sont là et à quoi ils servent.
En vérité, ils sont même pas grincheux. Ils sont même pas en train de dire du mal, et peut être quand même qu’ils sont un peu nostalgique, mais même pas sûrs…
C’est juste une partie de l’équipe du dimanche matin. L’équipe des invisibles qui œuvrent dans la joie, la bonne humeur et la gentille rougnerie..
Ils arrivent tôt, boivent le petit café qui va bien et s’attaquent à leur mission. C’était le premier match de la saison, et fallait reprendre les marques. Et allez !!! Ressortir le chariot des panneaux de sponsors, et accrocher chaque panneau à sa place sur les rambardes. Pas se louper, et bien vérifier que le sponsor du match soit bien posé pile poil en face de l’entrée des joueurs. Et puis monter les poteaux, accrocher les protections, vérifier les poteaux de touches, descendre le stock de flotte, aérer l’infirmerie, pendant que d’autres remettent les buvettes en place et s’assurent qu’il ne manquera rien. Retrouver les petits jetons et ne pas oublier d’avoir de la ferraille pour rendre la monnaie. Ailleurs vers le club house, le club des supporters préparent les repas pour les bénévoles, les dirigeants, les joueurs et les officiels ; Chacun sa place, chacun son rôle. Les nouveaux tâtonnent, cherchent et trouvent leurs marques. Une vraie fourmilière ces dimanches matins. Sur le terrain, les dernières mises en place des équipes, les dernières consignes des coachs et les derniers détails à régler pour les bénévoles qui veulent que tout soit nickel.
Et puis c’est bon. Encore une fois et une fois de plus, tout est prêt dans les temps. Alors, certains sortent un banc et s’octroient une petite pause bien méritée avant d’aller rejoindre les autres pour un léger apéro suivi d’un bon repas.
Et quand le premier match commence, c’est une autre équipe qui s’affaire. Celle-là, celle du dimanche matin, on sait plus trop pourquoi ils sont là et à quoi ils servent, mais c’est pas grave, c’est pas ce qu’ils recherchent. Ils ont fait leur taf, tout roulera comme sur des roulettes et ils peuvent tranquillement regarder le match.. Même si bien sûr, si on a besoin d’eux ils seront là, et donneront un coup de main dans la joie, la bonne humeur et bien sûr la gentille rougnerie.
Et cette année, j’en ai vu des que je ne connaissais pas… Des nouveaux…
Toujours autant impressionné par ces vieux soldats et ces vieilles guerrières qui fait que grâce à eux et malgré la défaite, on a passé une belle journée.

 

Chez Monsieur Rusigby..

 

Il y a des grands stades magnifiques entourés d’immenses tribunes et des petits stades de rien du tout au milieu des champs ou au milieu de grandes barres d’immeubles.
Il y a des accents du sud, des accents du nord, des accents de l’est, des accents d’on sait pas trop ou, et des expressions locales à coucher dehors.
Il y a des piliers universitaires, des piliers de comptoir et des bourrus qu’aiment pas trop ces gens de la ville.
Il y a des maillots en coton lourds comme des chevaux morts et des super maillots moulants avec des GPS incorporés.
Il y a des clubs house à refaire des matchs et à fêter des victoires et des préfabriqués à remettre à neuf.
Il y a des sales défaites à oublier et des salles des fêtes à se rappeler.
Il y a des bénévoles increvables, des mamies gâteaux, des papys gâteux, des surdoués de la mauvaise foi et des philosophes de café du commerce.
Il y a des cocotiers fidjiens, des bergers néo-zélandais, des géorgiens trapus et des mineurs gallois.
Il y a des parfums de camphre, des effluves de Dolpic, des senteurs d’oranges en quartiers et des souvenirs d’herbes fraichement tondues.
Il y a du vin chaud, des éco-cups aux couleurs du club et un petit truc à l’eau pour le gamin.
Il y a des beaux Gilbert aérodynamiques gonflés au gramme prés et des Wallabys gorgés d’eau.
Il y a ces chansons à reprendre en chœur et la musique d’entrée pour faire monter la pression.
Il y a des casques, des masques, des basques et des boucliers de Brennus ou de plaquages.
Il y a les cris, les hourras, les bravos, les Houuuuu, les « aux chiottes l’arbitre », les « depuis l’début » et des accolades à la fin.
Il y a des présidents gavés d’UV et pétés d’oseille et des présidents en train de réparer une fuite sous l’évier de la buvette.
Il y a des entrainements d’hiver, de la boue sous les godasses et des phases finales ensoleillées.
Il y a des bonus offensifs, des bonus défensifs et des matchs complètement nuls.
Il y a des joies, des peines, des pertes, des naissances et des souvenirs pour la vie.
Il y a des grands tout maigres, des petits gros vifs, des teigneux casse-bonbons et des tout petits très rapides.
Il y a des places VIP, des entrées plein tarifs et des bourriches à deux euros.
Il y a des retours en bus, ou… tout ce qui se passe dans le bus, reste dans le bus.
Et il y a ces gamins qui regardent tout ça et qui se disent : « Nous aussi un jour… »
 

Un jour, un bénévole : Jojo (Au tableau !)

  

Il flippe sa race le Jojo. Il tremble, il sait plus où se mettre. Depuis le début de saison, on lui a donné un rôle important dans le club. C’est lui qui doit tenir le tableau d’affichage. C’est lui qui doit afficher le score pour le public. Une mission à prendre au sérieux. Faut pas se tromper dans les chiffres. Faut pas se gourer de camp.
Deux heures avant le début de la rencontre, il s’est pointé au stade, tendu comme un string à capuche. Première fois qu’on lui donne une mission de ce calibre. Il a dit bonjour à personne et s’est dépêché d’aller ouvrir la petite cabane de l’autre côté du terrain, là où on range le matériel autre que le matériel d’entrainement. Il a pris la caisse en bois, vieille d’au moins 2000 ans. Celle ou y a les petits panneaux qu’on colle sur le grand. La valise des numéros qu’elle s’appelle. Il les a tous sortis un par un. Il se doutait bien que le dernier qui s’en était servi, les avait rangés n’importe comment. Il les a tous mis par terre, et les a triés en fonction, en commençant par les zéros. Il en a d’ailleurs profité pour les accrocher tous ces zéros à ce beau tableau d’affichage plein de pub et de sponsors. Tranquille le Jojo. Il s’est dit que comme ça, quand les premiers spectateurs arriveront, ils verraient que le match de la réserve n’a pas encore commencé ou que du moins, ils n’ont pas raté grand-chose. Après, il a rangé les autres numéros dans la valise, mais dans son ordre à lui. Faut qu’il soit le plus rapide possible, qu’il dégaine les numéros presque aussi vite que le score évolue. Il veut que tout soit parfait. Il est au sommet de son art et de sa forme. Si le club lui a donné de telles responsabilités, c’est qu’ici, on croit en lui et qu’on attend le meilleur de lui-même. Il ne décevra pas, c’est obligé, interdit, impossible, inenvisageable. Lui qui supporte son équipe depuis des lustres, aujourd’hui on lui fait confiance. La reconnaissance, enfin….
Et puis là, maintenant, tout de suite, c’est le drame, le pire scénario qu’il pouvait arriver. Les siens sont menés à domicile 22-19, il reste rien à jouer. A peine une minute et ils ont une pénalité à tenter. 22 mètres face aux perches. Si elle passe, il font match nul, et c’est moindre mal. Si elle est ratée, c’est une défaite à la maison, et ça, ça se fait pas. Mais si le buteur réussit son coup, Jojo sera mort de honte. Les siens reviendraient à 22-22, et il le sait le Jojo, il s’en rappelle. Y avait quand même très peu de chance que ça arrive, et ça arrive dès le début, au premier match. Si la pénalité passe, y aura 22 partout…. Et des 2, le Jojo, il en a que 3 dans sa valise. Il ne pourra pas inscrire le score final. Il manque un 2…. Première mission, premier échec, et ça le Jojo, il le supportera pas !

 

 

 

Monsieur Rusigby

 

– Hé M’sieur rUSIgby, je peux jouer avec toi ?

– C’est toi qui me parle, petit bonhomme ?

– Oui M’sieur, je veux jouer au rugby.

– Qu’est-ce qui t’en empêches ?

– Les autres, m’sieur ! Ils disent que comme je suis pas comme tout le monde, je peux pas jouer au rugby.

– ???? Tu peux pas jouer, parce que t’es pas pareil ? Et pourquoi t’es pas pareil d’abord ?

– Parce que je suis mongolien…enfin trisomique si tu préfères.

– Ok ! Alors, prends le maillot avec le numéro 21, et viens avec moi, et on va voir si t’es différent ou pas pareil. A l’école de rugby, on commence tous par le début et après, quand tu seras grand, on tâchera de s’adapter à ta différence. De toute façon au rugby, y a que ça : des différents. T’as des grands maigres, des petits gros, des petits maigres, des grands gros, des moyens maigres, ou des moyens gros. T’as aussi des filles, des vieux, des sur des fauteuils. T’as du rugby à 15, à 13, à 12, à 7 et à 5. T’as du rugby à plaquer, du rugby à toucher, du rugby flag. Alors, ça m’étonnerait bien qu’on va pas te trouver un rugby fait rien que pour toi et tes potes.

 – Un rugby pour des comme moi ? Un rugby où je pourrais plaquer, marquer des essais et me rouler dans la boue ?

– Ha non ! Tu ne pourras plaquer, marquer des essais ou te rouler dans la boue. Tu devras plaquer, marquer des essais et te rouler dans la boue, c’est pas pareil.

 – Et les autres, ils seront comme moi ?

– Y en aura. Mais y aura aussi d’autres différents, avec d’autres handicaps, d’autres histoires. Et avec eux tu formeras une équipe. Et quand tu te seras bien entrainé, tu feras des matchs contre d’autres équipes qui auront fait comme vous de leur côté.

– Mais on va se moquer de nous, parce qu’on sera jamais aussi bon que les autres, les normaux.

– Vous serez largement assez bons pour prendre du plaisir à vous rentrer dans la quiche. Si t’as compris ça, t’as tout compris. Pis de toute façon les autres, les normaux comme tu dis, on s’en fout. Ils peuvent bien dire ce qu’ils veulent, de toute façon, ils seront pas sélectionnés pour jouer dans votre équipe. On leur dira qu’ils ont pas le niveau, ou qu’ils sont trop normaux.

– Ok M’sieur rUSIgby, ça me va comme idée. On commence quand ?

 

 

 Les bons conseils de Mr Rusigby.

 

 Rusigby

 

 

Dans ton sac
(Chanson de Renaud)
Le lundi prochain sera le jour ou quasiment tous les clubs amateurs ont décidé de reprendre l’entrainement après près de mille ans de trêve bien trop longue. Vous savez tous comment ça se passe. Au début, les entraineurs souhaitent reprendre tranquillement en proposant 3 séances hebdomadaire (par semaine rajouteront les plus tatillons), afin de bien re-sculpter ces corps d’athlètes laissés plus ou moins à l’abandon durant le début d’été. 3 séances jusqu’au début de championnat. C’est ainsi que ça marche un peu partout.
Il est donc grand temps pour les joueurs de se préoccuper de leur sac de sport. Où est-il ? La voilà la vraie question. La dernière fois, c’était pour le dernier match de championnat. Victoire, défaite, peu importe. C’était la fin de saison, alors on se fait une bonne dernière chouille de troisième mi-temps et on oublie tout le reste. Et le sac de sport, la caisse à outils, devient le dernier des soucis. Il est resté quelque part, au fond du garage, dans le coffre de la bagnole, voire au club house pour les puristes. Les affaires jetées dedans en boule sont restées telles qu’elles. Enfin non, pas tout à fait. Si, comme je le pense, le sac est resté bien fermé durant ces deux derniers mois, son intérieur ne devrait pas manquer d’exotisme. Le maillot mouillé s’est acoquiné avec les chaussettes aux odeurs multipliées et ce mariage donne ainsi un joli mélange de couleur défraichie par l’acidité de la sueur déshydratée. La serviette de bain encore humide cultive quelques bonnes bactéries nourries à la chaleur estivale et au renfermement. Les protections en tout genre sont couvertes d’une moisissure naissante aux reflets bleus qui peuvent donner envie de reprendre une tartine de fourme d’Ambert.
Mais le plus beau reste à venir pour qui à la main verte. Les chaussures à crampons ont gardé de la dernière rencontre quelques traces de bonne terre du terrain. Bien posée au fond du sac et nourrie à l’humidité des vêtements, cette terre aura su garder quelques graines qui, en 6 mois auront pris le temps de germer pour donner naissance à des brins d’herbes jaune et vert pâle qui ne demanderont qu’à se développer, si on sait en prendre bien soin en leur donnant juste un peu de lumière. Ce sera aussi l’endroit idéal pour développer la culture de champignons. Ce qui vous sauvera du ridicule d’ailleurs : vous ne parlerez pas de l’état de votre sac, à personne, car, tout le monde le sait : on ne donne JAMAIS ses coins à champignons.
Je vois déjà à la lecture de cette chronique, quelques joueurs amateurs ressentir les sueurs froides d’une vérité frappante. Mon sac ? C’est vrai, qu’est-ce que j’en ai fait ? Certains courent dans la maison à la recherche dudit sac. D’autres, plus téméraires, n’auront pas tenu jusqu’à la fin de la chronique, pour se jeter sur leur sac et l’ouvrir sans précaution aucune. Après un Pshittt libérateur, laissant dissiper un air vicié qui pourrit l’intérieur de la baraque et qui donne une idée de la vie en fosse septique, ils ne peuvent plus que constater les dégâts. Ce tas de chiffons collé-moisi-déteint et à l’odeur infecte est tout ce qui leur reste de souvenirs de leur saison dernière. Promis, l’année prochaine j’y fais gaffe et je sors mes affaires, direct en rentrant chez moi après le dernier match. C’est ce qu’il s’était aussi dit l’année passée.
Voilà, il ne vous reste donc plus que quelques jours pour refaire entièrement votre garde-robe de rugbyman. Et si vous avez été vraiment courageux et que vous avez réussi à décoller le short des chaussettes et le maillot de la serviette de bain, vous avez donc aussi retrouvé, par la même occasion, cette petite feuille A4 ou était écrit votre programme d’intersaison. Profitez donc de la semaine pour préparer vos fringues et du dernier dimanche pour débuter et finir le programme, vu que le dimanche, les magasins sont fermés.

 

Rusigby

 

Les bons conseils de Mr Rusigby.

 

 

Qu’ils doivent être fade ces réveils de lundi matin. Pas une douleur, zéro courbature, même pas un semblant de gueule de bois : la misère totale. A quoi ça sert de jouer au rugby, si c’est pour avoir mal nulle part le lendemain ? Franchement ? A rien !

 

C’est pourquoi, alors que nous attaquons une nouvelle trêve sans compétition, il est temps que Monsieur Rusigby reprenne les choses en mains avec ses bons conseils, histoire que personne ne perde la main.

 

Tout d’abord, je ne saurai que conseiller aux avants de se munir de toutes pinces indispensables au bon entretien d’usage de leurs oreilles. En fonction du poste, ils pourront prendre des pinces à linge ou des pinces crocodiles. Pour les plus scrupuleux et les plus perfectionnistes, un petit passage de papier de verre intelligemment dosé peut aussi donner un bon rendu rougeâtre et légèrement gonflé.

 

Ensuite, grâce à quelques petits exercices spécifiques, chaque rugbyman digne de ce nom, pourra retrouver ses sensations du lundi matin. Par exemple, je ne pourrai que les inciter à tenter de marcher pieds nus dans le noir (s’il fait jour, bandez-vous les yeux). Ainsi, ils se cogneront les orteils contre les angles de meubles et pourront (si fait avec conviction), percuter quelques murs, portes, chaises ou autres frigo, qui leur donneront la sensation d’être sur un terrain.

 

Manger un citron, peut éventuellement leur rappeler la mi-temps.

 

Bien sûr, il vous est totalement possible de descendre quelques boissons houblonnées, anisées ou autres, au son de musique festive en direct de chez vous.

 

Mais surtout, pour réussir au mieux son pré-lundi matin, rien de mieux que de dormir dehors, sur un matelas de cailloux, ou mieux encore, d’aller dormir dans sa voiture jusqu’à que le froid vous réveille.

 

Grâce à tous ces bons conseils, Monsieur Rusigby, vous garantit un lundi matin enfin retrouvé et digne de ce nom.

 

Ps : pour les talonneurs, vous pouvez aussi profiter de vos dimanches pour fabriquer vos pizzas vous-même… Comme un dimanche normal..

 

Ne me remerciez pas, c’est fait de bon cœur

 

 

 

 

Le rugby : des souvenirs pour la vie.
Tu sais pourquoi c’est magique le rugby ? Je vais t’expliquer. Parce que ça laisse des souvenirs. Si t’as joué un peu longtemps, ça te permet de remettre en ordre une bonne partie de ta vie en un minimum de temps. Je dirais, environ 20 minutes. En 20 minutes et tous les jours, tu repenses à ta carrière. Même 10 ans après avoir arrêté de jouer. P’t’être même que plus t’avance dans le temps, plus tu t’en souviens. Tu la vois la magie ?
Je prends un exemple au hasard pour la démonstration, ça sera plus simple. Au hasard : moi.
Tous les matins, comme la plupart des gens, je me lève. Et, à partir de ce moment, ça commence. Des fois même, je suis pas encore levé que ça a déjà commencé.
Réveillé du mauvais côté, je me retourne et ouille, l’épaule droite qui grince. Match à Digoin, un ramponneau au 3, une belle percussion, ça l’a mis sur le cul et j’ai fait croire que j’avais même pas eu mal. Maintenant, j’ai mal.
L’oreiller tout en vrac, et là, c’est le cou qui se réveille de mauvaise humeur. Peyrehorade, en phase finale à Périgueux (au passage tu révise aussi ta géographie), entorse cervicale. Aie, ça coince un peu depuis.
Je pose le pied par terre, je grimace. La cheville, l’entorse contre Vichy. Faut remuer tout ça, que ça se dérouille.
Et ce vilain ongle sur cet orteil ? Contre des parisiens, un gros d’au moins 140 kilos qui m’a marché sur le pied. L’ongle est resté tout bleu puis tout noir pendant au moins 3 mois. Il a jamais plus repoussé pareil.
J’arrive dans la salle de bain. Je passe devant le miroir. Sale tronche. Le nez un peu pas en forme. Pontarlier, sur une touche, le coude de mon vis-à-vis en pleine cabine. Crac !
Je prends ma douche, me savonne partout. Cette petite balafre sur la cuisse ? 3 points de suture, match amical contre Ussel, un petit coup de crampon, rien de grave.
Et ces chevilles totalement imberbes, qu’est-ce que c’est ? Rien de méchant non plus. Epilation régulière à l’Elastoplaste pendant une bonne dizaine d’année. Une solution radicale et définitive.
Ce doigt tordu ? Retourné contre Brioude. Pas eu le temps d’aller le faire voir chez le toubib, il s’est remis comme il a pu.
Et ces points de suture sur la main ? Fracture, contre Givors. Le doigt est resté coincé dans le col du maillot d’un mec d’en face. Opération le lendemain, broche, vis, plaque…des souvenirs pour la vie.
Et c’est pas fini !
Ça tombe mal, c’est le jour où je me rase. Je me pose donc devant le miroir. La cicatrice sur l’arcade ? Une belle bagarre contre Commentry. Le 6 m’aligne plein axe. Sur le coup, j’ai cru que je devenais aveugle. On a bien rigolé.
Et cette oreille droite, un peu rouge et un peu gonflée ? Frottement répété en mêlée. Un jour, tu sais pas pourquoi, ça claque et ça gonfle. Tu vas à l’hosto te faire ponctionner. Ça pique un peu, mais l’aide-soignante était mignonne.
Et Cette tache violâtre sur le front ? Heu non rien….Troisième mi-temps classique, j’ai glissé sur le carrelage plein de bière du bistrot et j’ai tapé le comptoir avec mon front. Le comptoir a rien, rassurez-vous.
Et voilà. En même pas 20 minutes, t’as fait le bilan de ta carrière. Tu t’es souvenu de tous les clubs ou t’étais passé. Tu revois tes adversaires, les stades et chacune de leurs particularités. T’en as aussi profité, pour réviser l’anatomie du corps humain. Qu’est-ce que tu veux de mieux ?
Et si avec ça, vous avez pas envie de mettre de vos gamins à l’école de rugby, c’est à ne plus rien y comprendre…
Chroniques à retrouver en BD aux éditions Petit à Petit…
Illustration: Cédric Fernandez.

 

 

Monsieur Rusigby

Tergiversations

 

Je sais plus si c’est l’entraineur en chef ou le vice-capitaine qui l’a dit, mais en tout cas, ça a été dit à la mi-temps d’un match qu’était mal parti. Le mec en question, vu la situation de l’équipe, souhaitait créer un électrochoc en employant des mots qu’il pensait fort et bien senti. Sauf que, pour faire son malin, il s’est un chouia emballé et à légèrement surestimé les capacités de compréhension de certains. Alors, quand il a dit : « on arrête avec les tergiversations !! », y a eu comme un grand vide, un grand silence. Les plus en difficultés se sont retournés vers ceux qu’ils pensaient un peu plus armés, niveau vocabulaire. « On arrête avec les quoi ?? » Ceux qui savaient, souriaient. Ceux qui savaient pas recherchaient une aide précieuse dans le regard de ceux qui savaient. Je vous cache pas, qu’il y en avait aussi certains qui ont fait croire qu’ils avaient compris, alors qu’en vérité, pour eux aussi c’était le grand mystère cette histoire de tergiversations.
Dans une équipe de rugby, vous savez ce que c’est, on a la chance d’avoir toute la palette de comportement, même si certains réagissent parfois bizarrement.
Et là, au milieu de ceux qui avaient rien compris, de ceux qui avaient tout compris et de ceux qui faisaient semblant d’avoir compris, notre bon vieux gars a commencé à compter avec ses doigts le nombre de lettres que pouvait contenir un mot comme : tergiversation.. Plus de 10 ! Plus que de doigts ! Il a regardé l’ancien du groupe et lui a dit sans aucun filtre : « Un mot comme ça, ça m’étonnerait que je saurai l’écrire ! »
Vivement la reprise…. La vraie.
 

 

Monsieur Rusigby
 
 

La fusion

 

Là, t’as deux clubs du même canton qui vivotent. Y a eu une époque où ils étaient en pleine santé et même que quand ils se rencontraient, ça te remuait toute la population locale. Et puis c’est un peu parti en vrille. Les clubs sont descendus petit à petit dans le bas fond des séries. Ils ont commencé à faire un regroupement des « à peu près » écoles de rugby pour arriver à en faire une qui tient debout. Pour les cadets et les juniors, laisse tomber. Les mômes, une fois qu’ils vont au lycée à la grande ville, soit ils continuent à jouer dans un club de la grande ville, soit ils raccrochent les crampons et on n’en entend plus parler.
Pour essayer de maintenir le rugby dans le canton, les présidents des deux clubs se sont vus en cachette et ont décidé que la fusion était inévitable. Sauf que.. Tu sais bien comment ça se passe dans nos campagnes… des histoires de villages, de clocher, de rivalité d’avant, et de bagarres de bal qu’on sait même pas qui c’est qu’a commencé. Du coup, quand un président décide de réunir les quelques survivants de son club pour expliquer la situation et la décision, ça donne à peu près ça :
– Une quoi ? Une fusion ? Qu’est-ce que c’est cette nouveauté ? Tu veux tuer le club ?
– Non, je veux maintenir le rugby dans le coin, et après en avoir discuté avec les autres, on s’est dit que c’était la seule solution.
– Une fusion… Tu sais ce que ça veut dire une fusion dans le dictionnaire ? ça veut dire passer de l’état solide à l’état liquide ! C’est ça que tu veux ? Qu’on devienne des gourles ?
– Une entente si vous voulez.. Jouez pas sur les mots, c’est pas le moment…
– Une entente avec eux ? Non mais tu rêves ? On s’est jamais entendu. Sont pas comme nous. Et puis on n’est pas idiots, on en connait des fusions qui sont devenus rien du tout pour le plus petit des clubs. Stade français- CASG, Racing-Metro… Au final y a plus de métro, ni de CASG .
– Y a Bourg en Brest aussi ! On n’en entend plus parler de Brest dans l’histoire.
– ??????
– Ben quoi, c’est vrai non ?
Et ça a continué des heures. Pour le stade (lequel choisir), pour les couleurs (eux rouge et bleu et nous, bleu et rouge, va falloir faire un choix), pour les entrainements, pour les réceptions d’après match….
Sinon, cette entente ? Ben l’avenir nous le dira….

 

Didier Cavarot

 

Monsieur Rusigby

 

Souvenirs de salon.

Un jour j’étais dans un salon du livre avec rien que des vrais écrivains dedans… et moi. Faut bien vous dire qu’en général avec mes bouquins sur le rugby et mon incapacité totale à expliquer ce qu’il y a dedans, je suis loin d’être le meilleur vendeur de livre du monde.  J’attendais donc le client qui ne venait pas et j’étais même en train de me dire que j’allais barrer au marqueur le titre du bouquin (chroniques en terrain connu) et le remplacer par un truc du genre : le dernier métayer de la colline aux milles loups », histoire de faire croire que j’écrivais des romans de terroir plutôt que des romans de tiroir. Parce que c’est vrai que j’avais remarqué que les écrivains de terroir savaient mieux vendre que moi, voire pour être un petit peu méchant, certains savaient même mieux vendre qu’écrire, mais là n’est pas le sujet. Personne ne s’intéressait à mes livres alors que s’ils avaient su, ils s’y seraient peut-être pas intéressés non plus. D’autres m’expliquaient gentiment qu’ils ne connaissaient rien au rugby et qu’ils préféraient lire du roman policier. J’en concluais donc, qu’au mieux ils préparaient le concours de police et qu’au encore mieux, ils se documentaient pour commettre le crime parfait.

Et puis ils sont arrivés. Un gentil couple d’une quarantaine d’année. Polis, propres sur eux, tout bien !  C’est le monsieur qui a pris la parole : « Bonjour, vous êtes le vrai Monsieur Rusigby ? ». Vu que je suis bien meilleur à l’écrit qu’à l’oral, j’ai répondu que non, que le vrai avait pas pu venir et que je le remplaçais au pied levé. Il a souri parce qu’il m’a pas cru.  Et, tout en gardant son sourire, il m’a remercié pour ma chronique sur le petit mongo… sur le petit trisomique que j’avais publié quelques mois avant. Merci qu’il m’a dit. Merci d’avoir su mettre des mots drôles et vrais sur un vrai et pas drôle problème, c’est-à-dire l’acceptation et l’intégration de mômes pas tout à fait pareil dans un club de sport. Vous pensez bien que j’étais fier. Pas vraiment de moi, mais de mon sport.. J’attendais donc un truc de genre : y a qu’au rugby qu’on voit ça. Mais non. Le fils du couple faisait du judo et était trisomique et surtout heureux comme un poux sur une tête de chevelu, de pouvoir s’éclater sur les tatamis. Même qu’ils m’ont dit que le texte de moi, il l’avait vu affiché sur la porte des vestiaires de leur club de judo. J’ai cru que j’allais verser ma petite larme d’émotion… Pis après, ils m’ont acheté un livre et ils ont voulu que je le dédicace pour leur gamin. Je crois qu’il s’appelait Jonas et j’ai dit que je dédicacerai « pour Jojo », ça fera encore plus croire qu’on est déjà copain.

Sinon, vu que j’ai plus grand-chose à dire, la chronique la fameuse chronique qui m’a fait vendre le seul livre de la journée sur  ce salon, promis, je vous le remets demain. Ceux qui l’a connaissent pas… Pfff, de toute façon non, tout le monde la connait déjà, elle s’appelle : numéro 21.

 

Rusigby

 

Monsieur Rusigby

Merci !

Je vous l’écris comme je le pense, mais franchement, je me rends compte que j’ai super du bol avec cette histoire de page de Monsieur Rusigby. Parce que, quand on voit comment ça se passe sur les vrais réseaux sociaux, quand on voit comment ça peut être clivant, quand on voit comment certains pêtent les plombs, insultent, menacent ou souhaitent le pire pour celui qui écrit, ici, sur cette page, ça n’arrive quasiment jamais. Je dis pas que des fois je ne reçois pas des messages pas super gentils, mais c’est extrêmement très très rare. Même quand j’écris pas dans le bon sens, même quand j’attaque un peu, que je suis pas d’accord avec certaines méthodes, et bien croyez-le ou pas, mais si je reçois des messages privés (je ne parle pas des commentaires publics), ils sont toujours respectueux et souvent bien tournés. Et venez pas me parler de c’était mieux avant, parce que des messages, j’en reçois de la part de jeunes, de vieux, de dames, de messieurs, et tous sont du même calibre.

L’autre jour par exemple avec cette histoire de Sarlat. Bien sûr qu’on n’est pas obligé d’être d’accord avec ce que j’ai écrit. Bien sûr que je me suis un peu amusé avec la vérité et sur ce qui se dit à droite à gauche et surtout, bien sûr que je savais que certains m’enverraient des messages privés pour me dire que j’avais écrit n’importe quoi sans vraiment me documenter (en même temps si je me documente, ça serait plus du Monsieur Rusigby). Malgré tout ça, les messages privés que j’ai reçu ne contenaient ni haine, ni méchanceté, étaient tous bien argumentés et surtout,  se finissaient tous par : amitiés, bonne journée, ou au plaisir de se rencontrer pour en parler. Pas la même vision, pas le même point de vue, pas le même club ou le même comité et pourtant la même passion, la même « éducation », et ça franchement, ça fait chaud au cœur. Et je me dis naïvement que dans notre sport, on peut être tellement con sur un terrain qu’on ne doit pas avoir le temps d’être con après. On donne tout pendant 80 minutes ; le pire, comme le meilleur et quand c’est fini, c’est terminé et on prend le temps de réfléchir, de se poser et d’en parler sans rancœur. C’est beau et c’est peut être bien vrai que le rugby est une vraie grande famille.

Quand je vois comment ça se passe ailleurs, je me dis que non seulement j’ai vraiment du bol, mais qu’en plus je crois bien que je ne suis pas le seul.

Rien que pour ça….A tous, un grand merci et continuez d’être comme vous êtes. Avec vos défauts, vos qualités, vos idées, vos points de vue et surtout avec votre passion pour le rugby…

 

Rusigby

 

En sommeil (comme les volcans d’ici).
Je suis passé devant par hasard, et ça m’a fait bizarre. Ce petit stade isolé. Seuls les poteaux et le petit bâtiment qui faisait buvette et vestiaire sont encore là. L’herbe pousse un peu trop. Les lignes ne sont plus tracées. La vie ovale a disparu petit à petit. Un vieux club. Pas ambitieux mais de quoi faire vivre et mettre un peu d’animation les dimanches après-midi dans un gros bourg des Combrailles, une ancienne ville bien vivante. Déjà, la fin du charbon lui en avait mis un coup par les étiquettes. Et puis les autoroutes. Ces grandes autoroutes si pratiques pour se rendre d’une grande ville à une autre grande ville. Coincée entre l’A89 qui relie Clermont à Bordeaux et l’A71 qui amène le clermontois vers la capitale et le parisien vers la mer. Le bourg vit de ses souvenirs et dans ces souvenirs est venu s’ajouter le club de rugby. Pas assez de monde, d’argent, de gamins, de joueurs, de bénévoles, ou peut-être tout simplement d’habitants. Alors on ferme la boutique, on met la clé sous la porte, ou, comme on dit dans le milieu, on met le club en sommeil. 40 ans ou à peu près de rugby au pays des mineurs et du foot. Les amoureux de ce sport se contentent désormais d’afficher les couleurs jaune et bleu, en supportant l’ASM. Comme à peu près partout et tout le monde ici.
J’ai continué ma route et suis passé par Gouttières (disparu), Saint Gervais (disparu), Les Richards (disparu). Le CRAC résiste bien, Cisternes et Pul aussi.
Quelques nouveaux clubs ont bien été créés, mais par rapport aux nombres qui ont disparu où en sommeil, la différence est énorme.
40 et quelques années que je traine dans le milieu. Saint Eloy, Gouttières, Saint Gervais, Les Richards, Manzat, Saint Sauves, Rochefort, les Ilets, Neschers, Toutée, Saint Beauzire, Espaly, Lavoûte, Royat, Chanat, Durtol, Le Cheix, l’ASPTT, l’olympique de Vichy, Chatel, Saint Jacques, Albepierre, Ydes, Chabreloche, Volvic, sans compter les mariages de raison entre Besse et Montaigut, ou le CUC et Aubiére, et certainement bien d’autres dont je ne me rappelle plus. Et il parait qu’ailleurs c’est pareil.

 

Rusigby

 

Confinement

Je vous la remets vite fait, en attendant des jours meilleurs..

 

Des Vrais bourrins !

 

Et Voilà, tout de suite les grands mots ! Direct ça s’offusque, ça fait son indigné et ça juge. Des vrais bourrins ! Nous ! Rien que ça ! Et tout ça pour quoi ? Tout ça à cause de quoi ? Je me le demande bien !

 

On serait parait-il des vrais bourrins, nous les rugbymen, parce qu’on sait pas se tenir en société, parce qu’à chaque fois qu’on fait une bringue, faut que ça parte en cacahuètes. Parce que dès qu’on est plus de trois, on sait pas faire autre chose que de s’éclater des glaçons sur le front, de montrer notre cul aux premiers venus et de boire l’apéro dans des chaussures. On sait pas se retrouver sans boire sans soif et chanter des chansons avec plein de gros mots dedans. Ho hé ça va, c’est pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! D’ailleurs, on le savait pas que c’était les tiens, ces chevaux. T’inquiètes pas on les a ramené et on les a remis à leur place. Ils vont bien, on a juste était faire un tour avec. C’est comme pour les lapins. Comment on pouvait savoir que c’était des lapins de collection ? Et puis on avait faim, et il était tard. T’aurais peut-être préféré qu’on rentre chez nous le ventre vide ? Parce que c’est pas les deux ou trois poissons rouges de l’aquarium du bistrot qu’allaient nous rassasier. Donc bon…

 

Oui ben peut-être que c’était pas l’endroit, mais je te signale qu’il existe des compétitions officielle de ventriglisse et que c’est considéré comme un sport. Fallait penser à ramasser ce qui craignait, si tu voulais pas qu’on casse quelque chose. Tu devais bien te douter qu’on était des sportifs.

 

Les quoi ? Les géraniums ? Ils manquaient de gout, si tu veux tout savoir. De toute façon, on les a cueillis juste avant le drame. Y avait Machin qui voulait pisser dessus. Tu vois qu’on est peut-être des bourrins, mais on sait anticiper.

 

Et puis, cest pas très gentil d’avoir appelé la police pour si peu.. De toute façon, on n’est pas monté dans le panier à salade. On n’a pas voulu. D’abord parce qu’on n’avait pas fini notre verre et puis, ils voulaient pas mettre la sirène pour nous emmener au poste. Même eux, ils nous ont dit qu’on était des bourrins. Aucune éducation ! On leur a promis d’être sage et ils sont repartis..

 

Des gros bourrins, nous ? Non mais franchement….

 

Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure coïncidence…. Evidemment..

 

Rusigby

 

Un jour, un poste : le 23eme

 

Chez les pros, c’est même le 24ème, mais les pros, ils ont des journalistes pour en parler, et s’ils en parlent pas, tant pis pour eux..

 

Le 23ème

 

C’est celui qui ne jouera pas ce match de phase finale. Celui, qui ne sera pas remplaçant et qui fera quand même tout comme les autres. Il aura espéré mais il le savait. Il sera le remplaçant des remplaçants. Au cas où..

 

Il s’entrainera comme les autres, partira en même temps que les autres, se préparera comme les autres, sauf qu’au moment de rentrer dans le vestiaire, lui, il ne se changera pas.

 

Il pense que s’il n’est que le 23ème, c’est qu’il est nul, qu’il est pas au niveau ou que les entraineurs ne l’aiment pas. Mais il se trompe. Il ne sait pas que ses entraineurs justement, ils se sont cassés la tête pendant des plombes sur son cas. Il ne le sait pas qu’ils l’ont choisi pour son état d’esprit irréprochable, son investissement, son assurance. Il est mal, il est déçu, un peu en colère et pourtant, au fond de lui, il est fier et heureux de faire partie de cette équipe. Il sait qu’il pourrait, en cas de blessures, devenir remplaçant, inscrit sur la feuille. Que si un de ses potes se fait mal ou est malade, c’est sur lui qu’on comptera. Il le sait et n’arrive pas à vouloir du mal aux autres. Il n’arrive pas à souhaiter la blessure ou le forfait d’un copain, et pourtant, qu’est-ce qu’il aimerait le jouer ce match.

 

Mais il le savait, il s’en doutait et il était prêt. Prêt à jouer, mais aussi prêt à rester en costard sur le bord de la touche, à faire le porteur d’eau, le bouclier d’échauffement, le ramasseur de balle.

 

Rôle du con. La dernière roue du carrosse. C’est comme ça qu’il se voit. Les autres, ses coéquipiers sont loin de penser comme lui. C’est leur pote, leur frère et Ils le considèrent à juste titre comme un de l’équipe. Mais c’est facile à dire quand on y est dans l’équipe justement. Ils ne peuvent pas comprendre. Pourtant, tous auront un regard pour lui, une tape avant le match, un clin d’œil. Et lui il aura les larmes. Parce que la motivation, la préparation, le stress, l’adrénaline, la pression, il aura tout gardé. Et quand les autres lâcheront les chevaux, lui, il lâchera autrement.

 

C’est le lot de pas mal de joueurs quand arrivent les phases finales. Et quoi qu’il en pense le 23ème, les autres, ils comptent vachement sur lui..

 

A tous ceux qui ont été 23ème un jour de match…

 

Rusigby

 

Nostalgie du présent

 

D’abord c’est La Poste qui a plié boutique. Ensuite, la deuxième épicerie a aussi fermé, en même temps que le restaurant à la sortie du bourg.

 

Ne restait plus qu’un seul commerce sur la place de l’église : un multiservice que ça s’appelle ; épicerie-dépôt de pain-tabac-gaz-point vert pour retirer de l’argent-resto ouvrier la semaine et plus ou moins gastro le dimanche.

 

L’école survit encore grâce au fameux regroupement pédagogique qui permet de maintenir une ou deux écoles dans le canton.

 

Même la messe n’a plus lieu qu’une fois par mois. Sinon, plus rien de bien vivant dans ce village.

 

Quelques irréductibles arrivent néanmoins à conserver le club de rugby en engageant chaque saison une équipe sénior dans la plus petite des séries. Une trentaine de licenciés.

 

Les dirigeants sont encore joueurs, les sponsors sont d’anciens joueurs, la mairie entretient le terrain. L’ancien foyer rural est devenu club house, un préfabriqué où tout se passe. Des photos de la belle époque sont encadrées sur les murs. On y voit entre autres, des souvenirs du derby contre le village voisin qui lui, n’a déjà plus de club depuis presque 15 ans. 2000 personnes ce jour-là. Mais c’était avant.

 

Aujourd’hui, l’équipe arrive à survivre grâce à quelques anciens qui continuent de jouer malgré leur âge, leurs vieilles blessures et leurs métiers, et aussi grâce aux jeunes qui reviennent chaque weekend au village.

 

Un entrainement par semaine : le vendredi soir quand il fait encore jour, ou le samedi matin quand les jours raccourcissent. Un budget ridicule.

 

Chacun paie son équipement, sa licence, ses repas d’après entrainement et ses cartons de loto. La vie d’un tout petit club amateur. La vie d’un village qui essaie de survivre, la vie d’une trentaine de passionné qui ne savent plus s’ils jouent au rugby pour justement maintenir un semblant d’animation au pays ou s’ils jouent par passion pour ce sport.

 

Et puis un jour, une saison, tout voulait bien sourire. Pas de blessés, une super ambiance, et les victoires se sont enchainées. 1er de poule, demi-finale régionale remportée haut la main, et direction la finale sur le stade majeur de la région.

 

Tout le village s’est décoré aux couleurs du club et s’est déplacé pour la finale. Victoire, bouclier, fiesta, retour sur la place de l’église. Les joueurs perchés sur une remorque tirée par un tracteur ont présenté le trophée à la population. Le resto est resté ouvert toute la nuit. Et maintenant, direction le championnat de France.

 

Ah oui, mais non… Vous ne pourrez pas participer aux championnats de France, vous n’avez pas d’école de rugby… Le président aurait bien voulu répondre : « on n’a même pas d’école tout court », mais il avait tellement les boules qu’il s’en est retourné sans rien dire, comme le petit résigné devant les décisions des grands.